La Bourse ou la Vie

Synthèse bordélique de notre antiraffarinisme.
mercredi 4 août 2004.
 
A force de se répéter, de s’autoalimenter, il nous est venu le besoin d’une démystification, d’une voix qui dirait "non, nous ne sommes pas d’accord", "non cela n’est pas sans conséquence", "non,on ne joue pas en Bourse".

A ceux qui nous ont opposés des arguments qui leur semble puisés dans le sens commun, nous répondons donc :

-  1. Sans la bourse, pas d’investissements, donc arrêt de l’économie.

Actuellement, ce n’est pas faux. Mais il existe un autre moyen, bien meilleur, de faire marcher et de développer l’économie globale. En effet quel est le seul problème qui intéresse, ou devrait intéresser, les entreprises ? Produire des biens et/ou des services et les vendre. C’est comme ça que les entreprises, et les économies, vivent et se développent. Dans ce cas quel meilleur moyen que de donner au plus grand nombre possible les moyens de consommer et donc de faire tourner le système ? Automatiquement l’argent affluera et les bourses grimperont en flèche, c’est mécanique. Autrement dit, les entreprises et les investisseurs feraient un placement des plus rentables en partageant maintenant leurs richesses à destination des plus démunis.

Même chose en donnant à tous des salaires confortables, une certaine sécurité de l’emploi, etc. Et oui, comment les gens peuvent-ils consommer sans jamais être sûr de ne pas être viré d’une semaine à l’autre ? En plus des salariés bien traités auront peut-être plus envie de se défoncer pour leur boîte, au lieu de le faire par peur de se faire éjecter ! Bref cela consiste ni plus ni moins à renverser la logique actuelle en redonnant le pouvoir d’investir dans l’économie à ceux qui la font vraiment et depuis toujours fonctionner : les consommateurs ! Et plus ils sont nombreux à pouvoir acheter, et donc à faire marcher le système, mieux ça marche, et les profits grimpent. CQFD. Même en étant orienté vers une pure logique de profits, cette solution est la meilleure.

Pourquoi je parle d’inversion de logique ? Parce qu’actuellement il me semble clair que la stratégie des entreprises cotées est au moins en partie biaisée de manière à satisfaire ceux dont elles croient dépendre : les investisseurs, donc les actionnaires ! En effet elles aussi croient que ce sont les investisseurs qui les font vivre, ce qui est au moins en partie faux ! Ce sont d’abord et avant tout leurs clients qui les font vivre. Quels sont les effets pervers de cette perte de bon sens ? Et bien les entreprises continuent à fonctionner, à produire des biens et des richesses, certes, mais plus ou moins (et parfois exclusivement) dans le but d’augmenter les profits des actionnaires, et non pas de vendre un maximum. C’est dans cette optique que la recherche de rentabilité actuelle, avec les effets que l’on connaît, s’inscrit. Et dans un tel système la création des richesses est siphonnée par le haut, et seuls ceux qui ont déjà les moyens d’investir ramassent les vrais bénéfices ! Les autres n’ont que des miettes, et les inégalités se creusent. Mais je reviendrai là-dessus après. Alors pourquoi ce mode de fonctionnement, pourquoi les entreprises ne font pas en sorte de bien traiter leurs salariés, pourquoi le système boursier ne favorise pas la redistribution des richesses, alors que justement cela permettrait une bonne croissance pour tout le monde ? J’ai bien une théorie là-dessus, mais on s’éloignerait du sujet.

-  2. Le système libéral a permis une création de richesses énorme, et donc une augmentation sensible du niveau de vie.

C’est vrai. Mais ce qui est encore plus vrai, c’est que les écarts de niveau de vie ont augmenté beaucoup plus vite que le niveau de vie moyen. Excusez-moi, mais je trouve assez méprisant de dire que certes les pauvres sont pauvres, mais qu’ils sont beaucoup mieux lotis que les pauvres d’avant ! Il faudrait se mettre un peu à la place de ces gens-là et se demander s’ils ont les moyens et la patience de tenir un tel raisonnement. Le problème est qu’ils savent que pendant que eux rament, d’autres sont ultra- privilégiés. Ils les voient tous les jours. Vous croyez qu’ils vont avoir la patience d’attendre sagement encore longtemps ? L’existence de gens misérables n’est pas non plus un mal nécessaire, ni même souhaitable, je viens de montrer qu’en permettant à tous de participer à la fête économique, tout le monde est gagnant. Vous ne croyez pas qu’en adoptant un tel fonctionnement il y a 30 ans, le niveau de vie aujourd’hui serait encore bien meilleur ? Et les riches seraient encore plus riches sans doute, la seule différence est que les écarts seraient moins forts. Mais qui est-ce que ça gênerait ? Comme je l’ai dit, j’ai ma petite idée.

-  3. Suite du 2. Certes les pays pauvres sont exploités, les gens y sont très malheureux, mais ils sont comme nous il y a 150 ans, donc ils vont nous rattraper, il faut leur laisser le temps.

Outre le fait que cela consiste en gros à dire sans être un peu mal à l’aise que des gosses vont continuer à être exploités pendant 3 générations, cet argument est vraiment nul. Déjà personnellement moi j’avoue que ça me gêne un peu aux entournures, mais je suis peut-être ringard. Ensuite il y a une différence fondamentale entre eux et nous quand on était dans leur état, c’est qu’il n’y avait pas un groupe de pays peuplés de super-favorisés, dont les privilèges étaient fondés sur notre misère. Ce que je veux dire c’est qu’il n’y a jamais eu par le passé de telles différences de niveau entre les pays (et aussi entre les gens à l’intérieur des pays), et c’est cela qui n’est ni supportable ni tenable. Il est évident qu’à force de tirer sur la corde, elle va finir par casser. Sauf si on inverse la tendance et vite. Ce qui m’amène au point suivant.

-  4. Ca ne va pas si mal, si la situation était aussi noire, ça se saurait. Le système a même permis une diminution des guerres, des conflits, etc. Une rupture du système relève du fantasme (en gros).

Allô ? 11/09/2001 ça vous dit quelque chose ? C’est marrant le FBI et la CIA ont SU que ça allait se produire, mais c’était tellement gros qu’ils n’y ont pas cru et n’ont rien fait ! Et qu’est-ce que c’était ? D’abord une attaque de fondamentalistes religieux fous furieux. C’est vrai. Mais comme par hasard ils étaient originaires de pays où de plus en plus de gens ressentent de la haine à l’égard des USA et de tout le monde occidental. Vous croyez que c’est par hasard ? Imaginez un instant ce qui pourra arriver si (quand ?) les Africains, les Chinois, les Sri-lankais, etc. se réveillent, s’unissent et décident de se venger ? Vous croyez qu’ils vont faire dans le détail ? Il ne faudra pas s’étonner alors que Mr. Mamadou Djemba fasse péter une bombe A sur la place de la Concorde, au lieu de vendre des fausses montres ! Ca semble incroyable et impossible ? Tiens donc, des gens très qualifiés et compétents avaient exactement la même attitude le 10/09/2001. Alors en ce qui me concerne, contrairement à ce que l’on peut croire, non je ne souhaite pas que ça arrive, non je ne souhaite pas en découdre avec les salauds de bourgeois et de patrons, non je ne souhaite pas un bain de sang. Mais je souhaite que l’on fasse ce qu’il faut avant que certains ne passent à l’acte.

Ce qui ramène aux points précédents.

Permettez-moi aussi de vous rappeler que les USA viennent de terminer (encore que c’est pas fini) une guerre dans le but de s’enrichir en s’emparant du pétrole. Je répète : une GUERRE pour s’ENRICHIR. C’est sans précédent. Après ça où pensez-vous qu’ils s’arrêteront s’ils estiment que leur prospérité est en jeu ? Nous-mêmes dans le système actuel jusqu’où serons-nous prêts à aller pour défendre notre monde ? Et que seront prêts à faire ceux qui ont déjà si peu à perdre ? Sur ce sujet, si vous essayez quand même de vous persuader que chez nous tout va bien, permettez-moi de rappeler que le 21/04/2002, 35% d’électeurs (plus d’1/3) ont voté pour des partis prônant tous, entre autres, une sortie plus ou moins violente du système actuel libéral. Donc on dirait bien qu’il y quand même pas mal de gens qui n’ont pas l’air de penser que tout est pour le mieux dans notre monde merveilleux. Accessoirement cela devrait convaincre de s’intéresser un peu plus à la politique avant qu’elle ne s’intéresse un peu trop à vous.

-  5. Les investisseurs en bourse se neutralisent les uns les autres, les pertes des uns constituant les profits des autres.

Là encore c’est vrai. Mais seulement en partie. Attention ça se complique un peu. En gros dans le système actuel chacun fait un peu ce qu’il veut, dans le but premier de se faire du blé (c’est la définition même du libéralisme). Je ne vais pas rentrer dans les détails mais il est prouvé (JFL - C’est mauvais d’écrire "il est prouvé que" - JFL) qu’un tel fonctionnement relève de la théorie mathématique du chaos. Alors en général ça marche à peu près, c’est à dire que les valeurs des équations chaotiques restent dans des limites raisonnables. Mais hélas de temps en temps ces équations se mettent à délirer et à produire des valeurs dépassant toutes les limites mesurables (en mathématique on appelle ça l’infini). Manque de chance ces singularités sont aussi destructrices qu’imprévisibles, et le seul moyen de remettre sur les rails un tel système, c’est une intervention extérieure. Il n’est pas difficile de faire l’analogie avec les bulles spéculatives qui se sont répétées au cours des 20 dernières années.

Je viens de donner une preuve mathématique du fonctionnement bancal du sytème (JFL - Ca me choque encore : tu parles de preuve, c’est trop insuffisant pour affirmer avoir une preuve - JFL). Et j’en ai donné bien d’autres. Dans mes points précédents j’ai aussi montré comment le système était fondé sur la peur (la peur des salariés de se faire éjecter), l’exploitation des uns par les autres (exploitation des salariés par d’autres salariés, des pays par d’autres pays) et aussi sur le chaos. Et bien en ce qui me concerne, savoir que je vis dans un monde fondé sur la peur, l’exploitation des faibles par les forts et sur le chaos, ça me TERRIFIE. Ceci me ramène à ma critique initiale du sytème boursier, et qui est plus vraie que jamais. A l’heure actuelle il n’existe aucun moyen sérieux de régulation, de rééquilibrage, de redistribution des richesses au sein de la bourse. Instaurons des contraintes destinées à redistribuer les richesses (ce qui est foncièrement bon pour la croissance et donc la bourse) et à limiter la rapacité des gens. Si les hommes ne sont pas capables de faire ça par eux-mêmes, il faut les y contraindre, et ils y gagneront encore plus. Toutes les sociétés humaines fonctionnent grâce au fait que les instincts destructeurs des hommes sont régulés, canalisés par des règles instaurées par la collectivité. Pourquoi l’économie et la bourse feraient-elles exception ?

-  6. C’est comme ça que ça marche on peut rien faire.

Ultime argument des conservateurs de tout poil avant la Révolution (avant TOUTES les révolutions en fait). Même chose pour les Sudistes Américains à propos de l’eclavage. J’en passe et des meilleurs évidemment. Il est temps maintenant de montrer comment participer à un mouvement destiné à tenter d’améliorer un peu les choses, tout en assurant son avenir et en continuant à s’enrichir. Comme je l’ai démontré il n’a jamais été question de remettre en cause notre prospérité, notre mode de vie, notre croissance, AU CONTRAIRE. En améliorant activement le sort des autres, en pratiquant une politique économique fondée sur la solidarité et la coopération, on peut assurer à tous une prospérité réelle et durable. Alors comment peut-on faire ? Et bien en investissant tout son fric dans des sociétés pratiquant le commerce équitable par exemple. Ou au moins dans des sociétés reconnues pour avoir une vraie éthique d’entreprise, qui n’exploite pas le 1/3 monde mais contribue à l’aider, qui n’a jamais licencié des salariés avant que ce ne soit absolument nécessaire, qui ne vend pas des engins de mort etc. Et quand je dis investir, c’est vraiment investir c’est à dire y laisser son pognon pendant longtemps. C’est forcément gagnant à terme. La bourse n’est-elle pas un placement à long terme ?

Plus généralement favorisons ces entreprises, aidons-les, allégeons leur fiscalité, et pénalisons les autres. C’est possible, c’est même simple et je pense qu’il est clair que ça peut rapporter gros. Ce n’est pas ma définition de l’utopie. Ensuite si vous craignez d’être seul à faire ça, il suffit maintenant de diffuser ce message, ou des extraits, de répéter ces argument auprès de tous les boursicoteurs que vous connaissez, etc.

Même avec un point de vue strictement égoïste, ce raisonnement est le seul valide.

Voilà, c’est tout. Si vous êtes arrivés jusqu’ici et que vous êtes un tant soit peu d’accord, maintenant je vous le demande comme un service : parlez-en autour de vous, diffusez ces idées, faites reculer l’idéologie libérale dans les têtes. Seuls des gens s’en foutant totalement ou foncièrement méchants peuvent ne pas être d’accord et réfuter cet argumentaire. Je passe sans doute pour un guignol en disant ça, mais je vous en prie, c’est important et ce n’est pas un gros effort. Cessez de croire que vous n’êtes que des pions. Vous avez le pouvoir, si vous le voulez, de contribuer à l’amélioration des choses. Il faut seulement que vous ouvriez les yeux et votre esprit. Pour finir vous pouvez penser que quoi que vous fassiez, la sortie du sytème actuel est inévitable, alors à quoi bon se prendre la tête ? Là encore vous avez raison, la seule vraie question à se poser c’est : COMMENT va-t- on en sortir ? Face à cette interrogation il n’y a pas 150 attitudes possibles : soit vous tentez dès maintenant qu’on évite un bon gros lattage généralisé, soit vous vous entraînez dès maintenant à vous latter.

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