Apt-get ce magicien

vendredi 9 août 2002.
 
[Déjanté] Lorsque Dieu eut créé la femme, malgré la fatigue, il écrivit le script apt-get pour rendre la vie plus facile. Outre le fait que certains objecteront que c’est une vue un peu unilatérale et masculine, il faut bien reconnaitre qu’apt-get fut une révolution au sein du microcosme des systèmes d’exploitation. A l’époque, Bill qui prenait sa douche faillit s’électrocuter avec son téléphone portable lorsq’on lui appris la nouvelle. Plus à l’Ouest (ou à l’Est, ça dépend par ou on se trouve) les japonais fabriquaient déjà des apt-get bon marché en plastique.

Apt-get est l’ami de tes longues heures de configurations, le cordon ombilical des octets de ta Debian puisqu’il faut bien craché le morceau : c’est un cousin de Linux, Debian, qui a récupéré l’idée et qui s’est empressé d’en faire le marketing sous pretexte que l’idée est géniale. Avec un vieux stylo bille pourri, Debian a inscrit sur sa cravate : "Powered by apt-get" et il est allé se vendre sur les marchés du libre et du gratuit. Ca n’a pas fait ni une ni deux que déjà, les informaticiens étaient séduits et installaient des Debian à tour de bras. Et pendant ce temps, un inconnu qui n’a rien à faire dans cette fiction formate son disque dur.

A en croire ton air ahuri, tu ne comprends rien de rien de ce que je cause. Bon. D’accord. Euh. Toi-même, d’abord. Comme tu l’a déjà bien compris, le Monde est Debian, l’Univers est Debian. Et même ma grand-mère est Debian. J’ai ouïe dire que le café était Debian, mais ça, j’ai du mal à y croire. Faut pas déconner non plus. Jusque là, tout est clair. Mais ça ne me dit pas comment ça marche tout ce bordel, et surtout ce que vient faire apt-get dans tout ça, à part être commande chiante à écrire, mais rigolote à prononcer lorsqu’on papotte entre potes. C’est vrai ; en ce moment même, apt-get pourrait être tranquillement à la plage, en train de siroter une caipirinha bien fraîche. Et non, môssieur apt-get part tous les jours au charbon, histoire de justifier son plan retraite constitué d’actions Enron, Worldcom et Vivendi Universal. D’ailleurs, en lisant ces ligne, apt-get se demande s’il ne s’est pas fait avoir quelque part. En plus d’etre tout ce qui a ete dit précedemment, Debian est avant tout et surtout un assemblage de Bloc Lego(c)TM de couleurs (jaune, bleu, rouge, noir, blanc), de type Basic, et Technic, mais il n’y a pas vraiment de Duplo. Non, je ne crois pas. Dans notre jargon si fleuri d’informaticien, nous appelons ces blocs des packages. Et ces blocs representent les trucs que tu utilises dans ton ordinateur. Il y a donc un bloc Solitaire, un bloc Demineur, un bloc Netscape, et j’en passe plein (un bloc Dame de pique entre autres). Et ces blocs, facetieux comme tout, bougent rapidement, se deguisent, etc. Et ca peut déséquilibrer ta Debian, parce que tous les blocs bleus se deplacent vers la droite (et c’est bien connu que la droite ne peut mener qu’à la ruine). Donc, il faut ré-équilibrer tout ce bordel, en ajoutant les blocs rouges qui vont bien. Et c’est LÀ que apt-get est intervenu...

Lancement du sort Debian - 8.9 ko
Lancement du sort Debian

Debian envahissait rapidemment les ordinateurs et le réseau par dessus le marché. Dans son garage, il se dit qu’il était peut être temps d’ajouter des fonctionnalités à apt-get et il décida donc de plusieurs grandes choses : 1 - apt-get s’occuperait de lui dans les temps à venir, 2 - apt-get s’occuperaient des machines qui sont malades et qui souffrent d’amputations de packages, 3 - apt-get nettoierait les machines sales ou trainent de vieux packages tous pourris. Encore une fois, ce fut une révolution. Au lieu de passer de longues heures à comprendre que xlibmesa-dev dépend de xlibmesa3 et de xlibs-dev, il suffisait de demander à son ami apt-get de s’occuper de tout ce bordel pendant qu’on allait jouer au tennis ou boire une tequila. Les cousins de Debian, Mandrake, Suze et les autres eurent des crises cardiaques dans les semaines qui suivirent. Car apt-get fait tout ça : il joue avec les packages, il les deplace, les ajoute, les remplace, pour que ta Debian soit en meilleure forme que jamais pour foutre un 6-0 6-0 a Agassi.

Comme apt-get devenait un ami de plus en plus puissant, certains éditeurs avident d’argent rédigèrent des manuels d’apt-get pour les utilisateurs ne connaissant pas le flag —help. Je ne résiste pas à citer l’extrait d’une des nombreuses FAQ d’apt-get :

-  JF : Monsieur, j’ai un conflit de packages. Comment je sais lesquelles sont mal passées ?

-  Gugu : apt-get upgrade. Il va te répondre "package ma-grand-mère-bois-du-café has been kept back" bon, ensuite, il fait l’upgrade. La, tu lui bananes dans la gueule un grand coup de "apt-get install ma-grand-mère-bois-du-café" et il va bidouiller comme il faut pour que ton package ma-grand-mère-bois-du-café soit mis à jour.

-  JF : Hé Monsieur, ca marche pas, il me dit que y’en a des has been kept back !

-  Gugu : si tu regardes bien, il y a une ligne qui dit les packages qui ont été kept back (des apt-get upgrade quotidiens, ca vous forge un homme). Quand un package est kept back, ca veut dire qu’une nouvelle version existe, mais que les dépendances ont changées, et qu’elles ne sont pas entierement vérifiées. Et comme tu fais un upgrade, il veut pas prendre sur lui de t’installer des packages supplémentaires.

Exemple concret :

le package ma-grand-mère-bois-du-café dépend de café-moulu jusque la version 2.1

Tu fais un upgrade. Mais sur le serveur, il y a ma-grand-mère-bois-du-café 2.2, qui lui dépend de arabica-moulu (qui n’est pas installé sur ton système, hou, la honte). Vu que tu fais un upgrade, il ne va pas installer arabica-moulu. Mais il peut pas non plus installer ma-grand-mère-bois-du-café 2.2 (pb de dépendance). Donc, il te dis qu’il laisse la version 2.1.

Par contre, si apres, tu lui dis "apt-get install ma-grand-mère-bois-du-café", vu qu’il est dans un trip "j’installe et je fais fonctionner", il va voir qu’il manque arabica-moulu, et va l’installer (et même peut-être virer café-moulu).

Cet exemple, bien que ridicule, prouve néanmoins que les néophytes avaient besoin de maitriser leur pouvoir. Dans tous les cas, café-moulu est bien un package obsolète qu’il ne faut pas installer sur votre Debian sous peine d’amande par la Commission de Surveillance d’Apt (la CSA), qui fait semblant de surveiller la télévision mais qui, en fait, vous surveille par votre téléviseur à vous. Il existe d’ailleurs un site de téléchargement du package café-moulu qui désinstalle tous les navigateurs qui tentent un téléchargement (sauf lynx). Wget s’abstenir.

La semaine prochaine, nous vous ferons une présentation d’apt-cache qui ressemble un peu à la femelle d’apt-get, mais en moins compliqué et plus utile.

JF et Gugu

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