Génération SMS

mercredi 19 mai 2004.
 

A mort les jeunes comme les vieux. Il paraît que je deviens intolérant. Je regarde autour de moi, faut dire, je choisis mes lieux, et je me rends compte que je suis perdu, esseulé, au milieu des gens à l’oreille cyber.

Oui, j’ai 25 ans, un téléphone portable, comme j’ai internet en "ultra méga supra haut débit", comme j’ai un petit objet bien pratique pour écouter tous mes mp3 quand je prends le train (merci la SNCF, honte sur Raffarin). Non, je ne suis pas microondophobe même si je ne trouverai jamais que le résultat soit bon : ça permet de chauffer l’eau, quoi. Et oui, je suis perdu.

Je prends le train au milieu d’un concert de sonneries. Je fais remarquer à ma voisine, charmante au demeurant (comme au demeuré), que ce n’est guère le lieu, petit panneau à l’appui. Elle me répond sérieusement qu’elle n’appelle pas mais qu’elle choisit sa sonnerie, ou qu’elle joue (à 0.2 € la communication sur un serveur quelconque). Je pouffe, j’ai du mal à comprendre.

Je mange à côté de lycéens en seconde qui se racontent leurs exploits sexuels, les positions, les filles d’un soir, est-ce qu’elle avale, j’ai pris des photos, une dans mon portefeuille, attends je la cherche, mince je ne la trouve plus... je me raisonne, je me dis que de tout temps, ces petits cons affabulateurs ont toujours existé, que c’est juste que je ne les côtoyais pas, que cela ne remet pas en cause une génération entière.

Je m’assois et j’ouvre mes oreilles dans le tram. Deux djeunez discutent de leur futur pseudo sur icq. L’un des deux demande à l’autre ce que veut dire "dick" en anglais... tout n’est pas perdu ? Ils ont 16 ans, tout de même, laissons les profiter de leur innocence. Black Dick, ça le fait, propose son pote. Non ! Bl@ck Dick, oh oui, ça en jette. Yeah, c’est trop cool. Bl@ck Dick... Je m’éloigne sans les détromper. C’est bon la honte.

Je m’inquiète. Je m’inquiète du métro parisien qui vend aux enfants une écriture sms qui serait cool. Je m’inquiète que plus personne ne se soucie d’écrire une phrase en français. Ou en anglais d’ailleurs, je ne suis pas académicien. La défaite "culturelle" m’importe moins que la défaite générale de l’intelligence. De nouveaux moyens, de nouveaux outils, de nouveaux fossés. De nouvelles dépendances. Rien de nouveau en somme.

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