Remise en cause des 35 heures

jeudi 22 juillet 2004.
 

Des entreprises de deux des pays Européens les plus développés (Allemagne et France), qui s’étaient distingués par l’avancée sociale historique qu’est la réduction du temps de travail, ont donc décidé de laisser parler leurs instincts les plus libéraux, conservateurs et inhumains. Profitant notamment en France de la présence de gouvernants à l’idéologie nettement libérale et très proches des dirigeants économiques (le locataire de Bercy est le frère du numéro 2 du MEDEF...) et de l’entrée dans l’Europe des pays de l’Est, où les normes sociales et les niveaux de salaires (sans parler des normes de sécurité et, rions un peu, écologiques) permettent actuellement beaucoup de fantaisies, ces entreprises entament aujourd’hui un chantage intolérable : remise en cause de la réduction du temps de travail ou délocalisations et chômage.

Ce qui devait être une avancée sociale significative risque de se transformer en un formidable bond en arrière : car ce qui se profile maintenant n’est pas seulement un retour aux 40h, mais plutôt 40h payées 35 tout en conservant la flexibilité acquise avec ces dernières ! Raison invoquée ? Le manque de compétitivité par rapport aux pays dits émergents. Outre que cette rengaine est servie depuis si longtemps qu’elle commence de plus en plus à ressembler à une incantation ou à un sermon religieux, il apparaît de plus en plus que cela ne résiste pas à certaines données. Depuis 20 ans (même après une première réduction de la durée légale du travail), la profitabilité des entreprises Françaises n’a cessé de croître, parallèlement à la valeur ajoutée des biens et des services produits. En clair, les profits (et ce même depuis la mise en place des 35h) n’ont jamais été aussi élevés. D’autre part la France fait partie des pays qui attirent le plus les investissements étrangers. Elle se situerait même selon certains juste après la Chine ! Il apparaît donc que la soi-disante non compétitivité soit plus un prétexte qu’autre chose...

En fait, c’est même pire que ça : il s’agit d’un réflexe idéologique conservateur face à une réalité qui apparaît de plus en plus criante, en conflit avec les esprits étriqués des libéraux, et dont je parlerai après. Bref ces changements voulus par les chefs d’entreprise au nom d’une soi-disante "liberté" et (rions) de la "modernité" cherchent à ramener la société à un archaïsme digne des soviets ! La différence est que la majeure partie des résultats du travail fourni est captée par un petit groupe d’actionnaires et/ou de dirigeants, plutôt que d’être redistribuée. Car en effet le but affiché (parfois de bonne foi) par les libéraux, c’est la marche en avant, le progrès, la modernité à tout prix, la création de toujours plus de richesses (sans jamais toutefois parler de leur répartition). Comment dans ces conditions prétendre s’opposer aux 35h ? Au lieu de profiter de cette opportunité historique de moderniser les processus de management et de production, et d’exploiter les nouveaux marchés créés mécaniquement par l’augmentation du niveau de vie et du temps de loisirs des salariés, le modèle vers lequel se tournent ces hommes "modernes" n’est autre que des pays sortant à peine du communisme (ou qui comme la Chine, y sont encore) ! Paradoxal, non ? En fait pas tant que ça...

Une croyance (il n’y a pas d’autres mots) entretenue par les libéraux et qui justifie d’après eux leur politique, c’est que l’augmentation de la création de richesses et de la rentabilité des entreprises conduit automatiquement à la résorbtion du chômage. Si cette véritable farce avait un quelconque fond de vérité, cela se saurait. La France devrait actuellement s’ouvrir massivement à l’immigration pour faire face à un manque dramatique de bras, vue l’augmentation de rentabilité observée depuis une génération ! Or c’est presque l’inverse.. On observe d’ailleurs dans les pays développés une croissance économique, mais sans création d’emplois.

Voilà la réalité que voudraient ne pas voir, et si possible détruire, les libéraux qui sont en fait les pires conservateurs imaginables : le fait que notre société devient suffisamment riche pour permettre à ses habitants de moins en moins travailler, voire ne plus travailler du tout ! Ou en tout cas ne plus travailler selon une logique uniquement utilitariste/productiviste. Et pourquoi s’en étonner ? Toutes les générations précédentes ont tout fait pour justement permettre aux suivantes de bénéficier de toujours plus de confort et de liberté, de leur épargner les sacrifices et les efforts qu’elles-mêmes avaient fournis.

Voilà ce que ne peuvent admettre les libéraux conservateurs : le fait que notre société peut dès aujourd’hui fournir à tous un niveau de vie satisfaisant, même sans participer directement à la production de richesses.

En fait, comme le simple fait de consommer participe à cette production de richesses, disons-le tout net : il pourrait être tout à fait possible de permettre à nombre de gens de vivre confortablement, sans travailler ! D’ailleurs ce phénomène s’observe de plus en plus. Et je répète, pourquoi s’en étonner ou s’en offusquer ? C’est ce qu’ont souhaité quasiment tous nos aînés ! Au lieu de ça, nos chers entrepreneurs épris de modernité et de liberté préfèreraient littéralement asservir les gens en les soumettant tous à la seule logique du travail à seules fins productivistes (vision complètement soviétique des choses), ou à défaut priver les non productifs de tout revenu, ce qui nécessite le détournement de richesses toujours plus grandes dans les mains d’une élite, qui se retrouve alors dotée d’une rémunération sans aucun rapport avec le travail fourni. C’est d’ailleurs ce qui s’observe aujourd’hui.

Tout ça pour conclure que ces hommes qui se prétendent modernes et épris de liberté ont en fait pour objectif de priver la majorité de cette liberté, tout en revenant à un modèle de société datant de 50, voire 100 ans ! Avec la flexibilité en plus, cela dit... Génial, non ? Il est temps de faire tomber les masques !

Répondre à cet article

Forum